Inégalités : la France à contre-courant d’une Europe plus égalitaire
En 2024, la France voit progresser les inégalités de revenus, à rebours de la tendance observée dans l’Union européenne.
Une hausse des inégalités malgré la redistribution
Selon une analyse de FIPECO basée sur les données Eurostat, le coefficient de Gini atteint 30,0 en France en 2024, contre 29,7 en 2023. Signification : les inégalités de revenus augmentent.
Dans le même temps, la moyenne de l’Union européenne recule à 29,4, contre 29,6 un an plus tôt. La France est ainsi plus inégalitaire que la moyenne européenne. Une situation inédite, mais qui paradoxalement, ne s’explique pas par un creusement des écarts avant redistribution. Au contraire, FIPECO souligne que la hausse des inégalités provient d’une redistribution moins efficace, notamment liée à une progression plus faible de l’impôt sur le revenu.
Par ailleurs, le taux de pauvreté atteint 15,9 % en 2024 en France, en hausse de 0,5 point sur un an. On voit ainsi une pression plus forte sur les ménages les plus fragiles.
Un pouvoir d’achat fragilisé pour une partie des ménages
Ces différentes évolutions montrent une tension croissante sur les budgets. FIPECO rappelle que les inégalités de revenus avant redistribution sont élevées en France, avec un coefficient de Gini de 37,0 en 2024, supérieur à la moyenne européenne.
Si le système redistributif atténue ces écarts, il semble moins compenser qu’auparavant. Certains ménages peuvent ainsi voir leur pouvoir d’achat davantage exposé, notamment lorsque les revenus progressent moins vite que certaines dépenses incontournables. Ces déséquilibres peuvent accentuer les difficultés à absorber des charges fixes, en particulier pour les foyers déjà engagés dans plusieurs remboursements. Une solution pour y faire face : le rachat de crédits. Ce dispositif permet de regrouper plusieurs emprunts en un seul financement, souvent sur une durée allongée pour en baisser l’échéance mensuelle. Mais attention, la contrepartie est un coût plus élevé. Il est alors à étudier pour être en adéquation réelle avec les besoins et la faisabilité.
Un modèle français sous tension face aux évolutions économiques
Au-delà des chiffres, on ne peut que noter une singularité française. Le modèle repose en effet historiquement sur un niveau élevé de redistribution pour corriger des inégalités de revenus parmi les plus fortes avant intervention publique en Europe.
Or, ce mécanisme semble aujourd’hui moins lisible dans ses effets. La progression des revenus du travail, le fonctionnement du marché de l’emploi et certaines évolutions fiscales creusent des écarts initiaux importants, que la redistribution compense moins efficacement qu’auparavant.
Simultanément, d’autres pays européens présentent des inégalités plus faibles dès l’origine, notamment en raison de taux d’emploi plus élevés ou de structures de revenus différentes. Une configuration qui limite la nécessité de corrections a posteriori et peut expliquer une évolution plus favorable des indicateurs.
Nous faisons donc face à une transformation progressive. La question des inégalités ne se joue plus uniquement dans les mécanismes de redistribution, mais aussi dans la formation des revenus eux-mêmes.



