La fraude par manipulation enregistre une hausse importante en France
Les techniques de fraude utilisées par les escrocs ont beaucoup évolué au cours des dernières années. Selon le rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement 2025 partagé par la Banque de France, on peut observer une forte augmentation des arnaques basées sur la manipulation.
Chute des taux de fraude sur la carte bancaire et sur le chèque
Le premier constat du rapport est clair : le montant annuel de la fraude a continué à progresser (+ 3,8 % sur un an, soit environ 1,2 milliards d’euros). En revanche, il est intéressant de noter des évolutions notables dans les techniques employées par les escrocs. L’étude souligne en effet un « niveau historiquement bas des taux de fraude sur la carte (47 euros de fraude pour 100 000 euros de paiement) et sur le chèque (69 euros pour 100 000 euros) ». Cette diminution s’explique en grande partie par un renforcement des mesures de sécurité sur ces deux moyens de paiement. Parmi ces mesures, l’étude mentionne :
- la mise en place de mécanismes de partage d’informations entre prestataires de services de paiement, permettant une détection précoce des tentatives de fraude ;
- la conduite d’un plan d’action visant à sécuriser les paiements par carte à distance ne recourant pas au protocole technique 3-D Secure, qui vise notamment les paiements sur internet auprès des commerçants les plus exposés ;
- le suivi des recommandations de l’Observatoire pour renforcer la sécurité du chèque.
Malgré le net recul de ces fraudes, un nouveau type d’arnaque enregistre une forte progression : les escroqueries par manipulation.
Un préjudice chiffré à 516 millions d’euros
Faux conseiller bancaire, substitution d’IBAN, fraude au président… Les stratagèmes utilisés par les escrocs sont nombreux. Et ils sont surtout de plus en plus élaborés. En cause ? L’essor de l’IA d’un côté, et les fuites de données massives de l’autre, qui ont permis de récolter des informations précieuses et détaillées sur les victimes ciblées (date de naissance, lieu de résidence, numéro de Sécurité sociale…).
Dans des propos recueillis par franceinfo, Julien Lassalle, secrétaire de l'OSMP à la Banque de France, explique que le mécanisme est particulièrement bien rodé : « À partir du moment où il (l’escroc) met la pression sur la victime, la victime va réaliser un certain nombre de manipulations à la demande de ce faux conseiller bancaire sans se rendre compte de ce qu'elle est en train de faire. Concrètement, c'est de valider les paiements frauduleux et pas de les arrêter ».
À l’arrivée, le préjudice total des arnaques à la manipulation est estimé à 516 millions d’euros pour l’année 2025, selon l’Observatoire, soit environ 40 % du montant total des fraudes.
Des victimes pas toujours indemnisées
Contrairement à une fraude « classique » basée sur un vol de carte bancaire ou de carnet de chèques, l’arnaque par manipulation entre dans un cadre juridique beaucoup plus fou. Sur son site internet, l’Institut national de la consommation rappelle que « si vous avez commis une fraude ou fait preuve d’une négligence grave, le remboursement sera refusé » et que « c’est alors à votre banque d’apporter la preuve de la fraude ou de la négligence ».
Concrètement, une victime qui accepte de transférer son épargne sur un compte bancaire en croyant avoir son conseiller au bout du fil n’a pas la garantie d’être indemnisée, car son action peut être considérée comme une négligence grave. Un manque de vigilance qui peut entraîner de graves conséquences et exposer les ménages les plus fragiles à des situations de surendettement dont il est souvent difficile de sortir.





