Épargne des Français : un manque à gagner de 394 milliards d’euros en six ans

Lynda GUILLEMAUD
Publié le | 5 minutes

Par Lynda GUILLEMAUD - Rédactrice web

Épargne des Français Épargne des Français - Illustration : Partners Finances

Depuis 2020, les ménages français ont laissé dormir 475 milliards d’euros sur des comptes et livrets d’épargne peu rémunérateurs. Un manque à gagner de 394 milliards d’euros par rapport à un placement en actions, mais ce constat doit être relativisé pour les ménages endettés.

L’étude Opinium pour la société de gestion d’actifs J.P. Morgan AM indique que 35 % des Français placent la majeure partie de leur épargne, hors enveloppe de précaution, sur des comptes ou des livrets, contre seulement 15 % en actions. Depuis le début de l’année 2020, les ménages français ont ainsi épargné 475 milliards d’euros sur ces supports peu rémunérateurs. Le calcul est sans appel : si cette somme avait été investie sur le marché boursier mondial, elle vaudrait aujourd’hui 921 milliards d’euros, contre seulement 527 milliards d’euros placés sur un Livret A. Le manque à gagner se chiffre donc à 394 milliards d’euros sur six ans.

L’étude pointe un phénomène « d’illusion monétaire » : le taux du Livret A s’établit à 1,70 % au 1er août 2026 alors que l’inflation est de 2,1 %, ce qui signifie que l’épargne y perd en réalité du pouvoir d’achat, malgré un taux nominal positif. Un dépôt de 100 € sur un Livret A début 2020 vaut aujourd’hui 111 € en euros courants, mais seulement 96 € une fois l’inflation prise en compte.

Ce constat, aussi frappant soit-il, part d’un postulat implicite : celui d’un ménage disposant déjà d’une épargne mobilisable et cherchant à l’optimiser. Il ne s’applique pas de la même façon aux foyers qui peinent à dégager une capacité d’épargne, notamment ceux dont le budget est absorbé par plusieurs mensualités de crédit. Pour ces ménages, la priorité n’est pas de choisir entre un Livret A et un placement en actions, mais de retrouver une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour épargner ne serait-ce qu’un montant symbolique chaque mois.

L’étude souligne elle-même un manque généralisé de planification : seuls 22 % des Français disposent d’un plan d’épargne précis pour leur retraite et 24 % des personnes âgées de 46 à 61 ans n’ont pas commencé à y réfléchir, un chiffre plus marqué en France que dans le reste de l’Europe.

Lorsqu’un ménage qui cumule plusieurs crédits à la consommation ou supporte des mensualités de prêt immobilier trop lourdes rapportées à ses revenus, l’arbitrage le plus rentable n’est pas de rechercher un meilleur rendement d’épargne. Il faut d’abord réduire le coût de la dette, car les taux d’intérêt appliqués aux crédits à la consommation dépassent structurellement les rendements du Livret A ou même des marchés actions sur le court terme. Un rachat de crédits peut alors être une solution envisageable. Cette solution consiste à regrouper tout ou partie des prêts en cours en un seul, caractérisé par une mensualité plus faible. En contrepartie, il faut s’acquitter d’un coût total plus élevé, dû à l’allongement de la durée du crédit.

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