Pourquoi envisager un refinancement de crédits ?

Sylvain MEHARECHE
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Mis à jour le | 21 minutes

Par Sylvain MEHARECHE - Directeur Général Délégué Partners Finances

En bref

Le refinancement est un mécanisme de restructuration budgétaire offrant la possibilité à un particulier ou une entreprise de redéfinir les termes de ses engagements financiers. Il permet notamment de revoir les conditions d’un prêt ou de regrouper plusieurs emprunts au 

Le refinancement (autrement appelé rachat de crédits ou regroupement de prêts) peut contribuer à réduire la pression financière d’un emprunteur et améliorer sa trésorerie. Il doit néanmoins être utilisé avec précaution : 

  • le refinancement permet d’adapter le remboursement de sa dette pour le faire davantage correspondre à ses possibilités financières du moment ; 
  • grâce à l’allongement de la durée de remboursement et à l’obtention d’un taux d’intérêt unique potentiellement plus avantageux, l’emprunteur peut réduire le montant de ses échéances mensuelles et ainsi augmenter son reste à vivre ;
  • cette restructuration contribue également, lorsque la situation le permet, à dégager de la trésorerie pour de futurs projets ou investissements, d’une part en optimisant le taux d’endettement (moins de 35 %) et d’autre part en offrant la possibilité d’intégrer une enveloppe budgétaire complémentaire au capital racheté ; 
  • le refinancement entraîne cependant inévitablement une augmentation du coût global de la dette, à cause notamment d’une plus grande accumulation d’intérêts d’emprunt et de frais de mise en place potentiellement importants. Il doit de ce fait être utilisé en dernier recours (avant un dépôt de dossier de surendettement) ;  

la mise en place de cette opération nécessite une analyse de solvabilité poussée de l’emprunteur par le futur nouveau créancier unique.sein d’une mensualité unique consolidée.

6 amis d'âge mûr surpris en découvrant la différence entre refinancement et regroupement de crédits 6 amis d'âge mûr surpris en découvrant la différence entre refinancement et regroupement de crédits - Illustration : Partners Finances

Le refinancement est une opération financière consistant à substituer un ou plusieurs engagement(s) financier(s) existant(s) par un nouveau contrat de prêt à des conditions révisées et potentiellement plus avantageuses (notamment en termes de taux d’intérêt, de durée de remboursement, de montant des mensualités ou de modalités de paiement). 

Fréquemment utilisé aussi bien par les particuliers que par les entreprises et même les institutions financières, il s’agit d’un levier efficace pour restructurer une dette ou un financement et sécuriser sa trésorerie sur le long terme. Il peut être réalisé en recourant à un établissement financier externe ou en modifiant directement les termes du contrat avec le créancier (on parle alors de renégociation) 

De façon concrète, le refinancement consiste à rembourser une ou plusieurs dette(s) par anticipation et à les intégrer à un nouvel emprunt unique correspondant davantage à ses possibilités financières. Le refinancement simplifie le processus de remboursement avec un versement unique à effectuer auprès d’un seul créancier, permettant ainsi de retrouver de la visibilité sur ses finances et une certaine sérénité budgétaire. 

Ce mécanisme contribue également à un assainissement des finances avec un taux d’endettement réduit offrant éventuellement l’opportunité d’envisager des projets ou des investissements futurs. 

Le refinancement poursuit différents objectifs à savoir : 

  • un ajustement des mensualités de crédit, le plus souvent à la baisse pour bénéficier d’une plus grande souplesse budgétaire (et plus rarement à la hausse pour se désendetter plus rapidement) ; 
  • un dégagement de trésorerie : la restructuration de la dette peut être l’occasion d’y adjoindre une nouvelle ligne de financement complémentaire directement intégrée au nouvel emprunt ; 
  • une adaptation du remboursement suite à une évolution de sa situation financière (rentrée d'argent permettant un désendettement partiel ou à l’inverse nécessité de réduire la pression sur son budget mensuel). 

Le refinancement peut concerner différents types de public. 

Autrement appelé rachat de crédits conso ou regroupement de prêts, il vise à consolider plusieurs types de crédit (prêt auto, prêt travaux, crédit à la consommation, crédit renouvelable) pour améliorer les conditions d’emprunt et lisser le remboursement dans le temps. 

Lorsque le refinancement comprend un ou plusieurs prêts immobiliers dont le capital restant dû représente au moins 60 % du montant total à racheter, on parle alors de rachat de crédit immobilier (garanti par une hypothèque). 

Le rachat de crédit immobilier (ou rachat de crédit hypothécaire) peut également faire l’objet d’une démarche séparée. Dans ce cas, un nouvel établissement bancaire rachète l’emprunt en proposant un taux d'intérêt plus attractif. Le créancier originel peut même accepter de renégocier les termes du contrat de prêt via un avenant.

Il consiste à restructurer des dettes bancaires, des obligations ou des lignes de crédit d’une entreprise qui souhaite optimiser sa trésorerie et éventuellement dégager une nouvelle ligne budgétaire pour des investissements. 

Le refinancement d’entreprise peut également permettre de dégager des liquidités plus rapidement à travers notamment deux mécanismes : 

  • l’adossement d’actifs (sale and leaseback) : la revente de certains actifs amortissables à une société de leasing. L’objectif est alors de relouer immédiatement l’actif pour continuer à l’utiliser tout en bénéficiant du produit de la revente pour générer des liquidités et éventuellement les réinvestir ;
  • l’affacturage permettant de se faire payer en avance des factures en attente de règlement par un intermédiaire spécialisé (le factor) moyennant une commission.

Il correspond aux mécanismes déployés par les banques pour garantir leur activité de crédit. 

Les établissements bancaires se refinancent notamment sur le marché interbancaire (échange de de capitaux de banque à banque) ou auprès de la banque centrale via des contreparties de politique monétaire (garanties).

Les particuliers comme les entreprises peuvent utiliser le refinancement pour dégager des liquidités. L’optimisation de la trésorerie est rendue possible par : 

  • l’allègement des mensualités grâce à l’étalement de la dette dans le temps et à l’obtention d’un taux d’intérêt plus avantageux ;  
  • l’augmentation du reste à vivre mensuel, une fois toutes les charges fixes réglées ;
  • la possibilité de solliciter un financement complémentaire dont le remboursement est intégré au nouvel emprunt unique ; 
  • une capacité d’emprunt retrouvée grâce à une réduction du taux d’endettement : elle permet alors de solliciter de nouveaux financements pour un projet particulier (injection de capital) ou pour retrouver une plus grande marge de manœuvre budgétaire afin de parer aux aléas ; 
  • une simplification des remboursements avec un versement unique permettant une meilleure planification budgétaire.

L’accès au refinancement est conditionné à la capacité estimée de l’emprunteur à honorer ses engagements financiers. Elle est notamment évaluée à partir des critères suivants : 

pour les particuliers : 

  • la stabilité de la situation professionnelle de l’emprunteur (contrat en CDI de préférence, absence de discontinuité de l’activité pour les autres profils) ;
  • la récurrence des revenus afin d’éviter l’interruption du remboursement du nouvel emprunt ;
  • le niveau de solvabilité qui s’appuie notamment sur le taux d’endettement de l’emprunteur (pourcentage de charges fixes mensuelles par rapport aux revenus) ainsi que sur son reste à vivre mensuel. Le refinancement doit permettre d’augmenter suffisamment le reste à vivre et de ramener le taux d’endettement sous les 35 % à l’issue de l'opération ; 
  • le comportement bancaire : l’emprunteur doit présenter une gestion budgétaire responsable sans rejet de prélèvement ni découvert bancaire ou dépenses disproportionnées. Le fait d’être interdit bancaire (fichage au FICP) est également rédhibitoire pour refinancer ses dettes ; 
  • les garanties apportées : la sûreté réelle apportée en garantie (hypothèque d’un bien immobilier le plus souvent) doit présenter une valeur suffisante par rapport aux crédits à refinancer ;

pour les entreprises : 

  • la solidité financière de la structure (bilan équilibré, récurrence du chiffre d’affaires…) ; 
  • les perspectives de développement de l'activité ; 
  • le respect de certains ratios financiers (covenants) comme par exemple le ratio de dettes sur fonds propres ; 
  • la valeur des actifs apportés en garantie (actifs immobiliers notamment).

La réalisation d’un projet de refinancement passe par un certain nombre d’étapes : 

  1. L’évaluation de la pertinence de la démarche : le refinancement entraînant un surcoût global loin d’être négligeable, l’emprunteur doit s’assurer au préalable que la démarche permettra réellement d’améliorer sa trésorerie et ne mettra pas en péril ses finances sur le long terme (risques de surendettement). Analysez notamment le capital restant dû, la durée de remboursement restante, le taux nominal ou encore les éventuelles indemnités de remboursement anticipé (IRA) ; 
  2. La réalisation de simulations de refinancement : elles peuvent être effectuées rapidement et simplement en ligne en renseignant quelques informations (capital à refinancer, profil de l’emprunteur, nouvelle durée de remboursement envisagée…). Elles permettent alors de visualiser la baisse de mensualités potentielle mais aussi le coût global de l’opération de restructuration. Intégrez également le montant de l’enveloppe visée si vous souhaitez solliciter une trésorerie complémentaire ; 
  3. Le choix de l’offre : la comparaison des offres des différents établissements de crédit doit se faire notamment sur la base du TAEG (taux d’intérêt annuel effectif global) ainsi que sur les modalités de remboursement proposées (nombre de mensualités, montant des échéances, facilités de paiement accordées, etc.) ;
  4. La constitution et la transmission du dossier emprunteur : celui-ci doit comporter tous les éléments permettant l’analyse de solvabilité par le futur créancier (justificatifs professionnels et financiers, garanties apportées, etc.) ; 
  5. La réception de l’offre de refinancement et la signature du nouveau contrat de prêt unique : selon le type de refinancement, les conditions de rétractation peuvent varier (14 jours de rétractation pour un rachat de crédit conso, 10 jours de réflexion obligatoires pour un rachat de crédit hypothécaire) ; 
  6. Le rachat du capital restant dû sur les dettes faisant l’objet du refinancement par l’organisme financier qui devient le nouveau créancier unique ;
  7. Le déblocage des fonds en cas de trésorerie supplémentaire sollicitée. Il est effectué à réception de l’offre de prêt signée et à expiration du délai de rétractation ; 
  8. Le remboursement du nouveau prêt unique selon l’échéancier fourni par le nouveau créancier. Les éventuelles pénalités de remboursement anticipé sont généralement directement intégrées à la nouvelle mensualité.

Même s’il permet de réduire la pression financière mensuelle et de disposer d’une plus grande flexibilité sur son budget, le refinancement n’est pas sans risques et inconvénients : 

  • un surcoût : c’est l'inconvénient principal de ce mécanisme. La réduction des mensualités est permise par l’étalement des dettes sur une plus longue période. Celui-ci a pour conséquence une plus grande accumulation d’intérêts d’emprunt et un nombre de primes d’assurance de prêt plus important à assumer ; 
  • des frais complémentaires : le refinancement implique différents frais de mise en place qui viennent encore alourdir l’opération : 
  • les indemnités de remboursement anticipé (IRA) sur les anciens crédits : elles visent à compenser le manque à gagner relatif au remboursement prématuré des crédits pour les précédents créanciers (par rapport aux intérêts escomptés au départ) ; 
  • les frais de dossier ; 
  • les éventuels frais de garantie permettant le refinancement (frais d’inscription hypothécaire, frais de mainlevée d’hypothèque, etc.) ; 
  • un risque de surendettement : dans certains cas, le fait de retrouver plus de marge de manœuvre sur son budget peut pousser un particulier ou une entreprise à se réendetter alors même que l’endettement premier a seulement été optimisé et non définitivement solutionné.

Pour élargir le spectre de compréhension du refinancement, il existe également, au niveau macroéconomique, des opérations de restructuration de la dette menées par la BCE (Banque centrale européenne) à destination des banques commerciales de la zone euro. 

Les TLTRO (pour “targeted longer-term refinancing operations”) étaient notamment des opérations de refinancement à long terme dont le rôle était d’orienter la politique monétaire des États et de soutenir l’activité économique.

Ces opérations consistaient pour la BCE à fournir des liquidités aux établissements bancaires à des taux d’intérêt préférentiels sur plusieurs années (généralement 3 ans) en échange de garanties. Ceux-ci devaient notamment s’engager à en réinjecter la majeure partie dans l’économie réelle à destination des particuliers et des entreprises afin de favoriser l’investissement. Les montants de liquidités et les taux pouvant être obtenus par les banques dépendaient alors directement des volumes de prêts consentis à destination des particuliers et des entreprises (hors prêt immobilier). 

Les TLTRO ont notamment été utilisés par séries afin de soutenir les économies et le maintien de conditions d’emprunt relativement souples dans des périodes assez délicates avec : 

  • en 2014, TLTRO I visait à toucher directement l’économie réelle à une période où la baisse des taux directeurs était insuffisante et où certaines banques contournaient les précédents plans de relance pour acheter de la dette publique ; 
  • en 2016, TLTRO II a abouti à la mise en place d’intérêts négatifs pour relancer une économie relativement paralysée ;
  • en 2019, TLTRO III s’est transformé en plan de sauvetage massif d’urgence (notamment pour les entreprises) en période de crise sanitaire (Covid-19). 

Le dispositif TLTRO III a pris fin en 2024 et a depuis laissé place à des opérations de refinancement à plus court terme, comme celles qui existaient précédemment avec des horizons hebdomadaires (MRO pour “Main refinancing operations”) ou trimestriels (LTRO pour “Longer-term refinancing operations”).

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